Une nouvelle ère dans la lutte contre la TB : obliger les dirigeants à rendre compte de leurs engagements

Le texte ci-après est un éditorial paru dans l’International Journal of Tuberculosis and Lung Disease (en anglais) dans lequel les dirigeants de L’Union soulignent les prochaines étapes à suivre par les leaders de la lutte contre la tuberculose.

L’Assemblée générale des Nations Unies de septembre dernier a marqué un tournant historique dans la lutte contre la tuberculose. Pour la première fois, les Nations Unies ont réuni les chefs d’État et de gouvernement à l’occasion d’une rencontre de haut niveau sur la lutte contre la tuberculose, qui s’est conclue par l’adoption d’une déclaration politique sur la tuberculose.[1] L’engagement politique, avec des ressources adéquates, est essentiel pour mener à bien la Stratégie d’éradication de la tuberculose.[2] Le monde s’est doté d’un cadre politique mondial de lutte contre la tuberculose approuvé aux plus hauts niveaux de gouvernement assorti d’objectifs devant être atteints à l’horizon 2022, offrant ainsi un calendrier réaliste aux dirigeants nationaux actuellement en poste.

Les dirigeants se sont notamment engagés à :

  • traiter avec succès 40 millions de personnes atteintes de tuberculose, dont 3,5 millions d’enfants et 1,5 million de personnes atteintes de la forme pharmacorésistante de la maladie
  • fournir un traitement préventif contre la tuberculose à 30 millions de personnes, dont 4 millions d’enfants âgés de moins de 5 ans
  • considérer la lutte contre la tuberculose infantile comme une priorité pour la survie des enfants et fournir des soins antituberculeux selon une approche fondée sur la famille
  • promouvoir l’innovation dans tous les domaines nécessaires pour fournir de nouveaux outils de prévention, de diagnostic et de traitement de la tuberculose, notamment en soutenant le Prix pour la vie et le réseau de recherche sur la tuberculose des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).
  • soutenir une approche fondée sur les droits de l’homme dans la lutte contre la tuberculose
  • mobiliser chaque année 13 milliards d’US$ pour les soins antituberculeux et 2 milliards d’US$ pour la recherche-développement sur la tuberculose.

Le principal inconvénient de la Déclaration politique est qu’elle ne prévoit aucun mécanisme indépendant pour obliger les dirigeants à rendre compte de leur action et garantir le financement nécessaire. Pour amener les dirigeants à rendre des comptes, nous suggérons que les acteurs de la lutte contre la tuberculose mènent les actions collectives suivantes :

Lancer une campagne de plaidoyer jusqu’en 2022 pour faire progresser la réalisation des objectifs nationaux découlant des objectifs mondiaux énoncés dans la Déclaration. Cette campagne devrait comporter les éléments suivants : un engagement politique direct, une coopération avec les médias, une utilisation judicieuse des données et une communication convaincante. Les réseaux de sensibilisation de plus en plus nombreux animés par d’anciens patients atteints de tuberculose, notamment TB People, We Are TB et TB Proof, devraient être à l’avant-garde des activités de plaidoyer et être soutenus jusqu’à comporter des militants engagés dans chaque pays.

Travailler avec de nouveaux partenaires. Dans son Rapport 2018 sur la lutte contre la tuberculose dans le monde, l’Organisation mondiale de la Santé souligne que la sous-alimentation, le virus de l’immunodéficience humaine, le tabagisme, le diabète et l’abus d’alcool constituent des facteurs sous-jacents dans la moitié des cas de tuberculose.[3]

Nous devons faire cause commune avec ces communautés. Faire de la prévention de la tuberculose une priorité, en commençant par un dépistage rapide et systématique des sujets contacts au sein des ménages. En 2017, seul un sujet contact sur quatre de moins de cinq ans au sein des ménages a fait l’objet d’un dépistage de la tuberculose, et seule la moitié des pays où le fardeau de la tuberculose et du VIH est élevé communiquent des données sur les sujets contacts atteints du VIH au sein des ménages qui ont reçu un traitement préventif l’an passé.

Rebaptiser la Journée mondiale de la tuberculose en proclamant le mois de mars Mois de la prévention de la tuberculose. Cela permettra d’avoir davantage de temps et d’opportunités pour les activités de plaidoyer et d’engagement communautaire. Les chefs d’État et de gouvernement disposent des plateformes les plus visibles dans leur pays. Ils ont également de nombreuses responsabilités. Le Mois de la prévention de la tuberculose accordera davantage de temps aux campagnes locales et nationales, à l’engagement communautaire et à l’implication des chefs d’État qui viennent de s’engager à réaliser des avancées historiques contre la tuberculose.

Suite à la réunion de haut niveau des Nations Unies sur la tuberculose, les acteurs mondiaux de la lutte contre la maladie disposent d’une occasion sans précédent de mobiliser une action politique et sociale contre la tuberculose. Nous devons saisir cette occasion ensemble.

Déclaration du Dr Jeremiah Chakaya Muhwa, de José Luis Castro, de Paul M. Jensen et du Dr Paula I. Fujiwara. 


Références

 

1. Déclaration politique sur la lutte contre la tuberculose. Nations Unies, New York, États-Unis, 2018.

Lien : http://www.ansci.org/portail-alliance/pdf/declaration.pdf, consulté en octobre 2018.

 

2. Stratégie mondiale et cibles pour la prévention de la tuberculose, les soins et la lutte après 2015. Organisation mondiale de la Santé, Genève, Suisse, 2013.

Lien : http://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/EB134/B134_12-fr.pdf, consulté en octobre 2018.

 

3. Rapport 2018 sur la lutte contre la tuberculose dans le monde. Organisation mondiale de la Santé, Genève, Suisse, 2018. 

Lien : http://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/274453/9789241565646-eng.pdf (en anglais), consulté en octobre 2018.

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