Message du Directeur Exécutif

Message du Directeur Exécutif

Maladies respiratoires consécutives à la tuberculose : traiter – et prévenir – les conséquences à long terme sur la santé respiratoire

On peut guérir de la tuberculose. Lors des dix dernières années, près de 100 millions de personnes ont été soignées, et chacune d’entre elles constitue un exemple à suivre.

Mais généralement, on s’en tient à cela, comme on peut le constater dans nos systèmes de santé et les programmes de lutte contre la tuberculose (TB).

Trop souvent, les personnes qui vont au bout de leur traitement antituberculeux sont certes guéries de la tuberculose, mais pas des autres maladies. Pourtant, la tuberculose pulmonaire est un important facteur de risque qui peut engendrer des lésions pulmonaires à long terme et des troubles respiratoires chroniques.

Cela signifie que les personnes qui ont guéri de la maladie souffrent souvent de problèmes de santé à long terme tels que la toux persistante ou l’essoufflement, entre autres, sans réellement savoir à quoi s’attendre ni à qui s’adresser. L’approche verticale et compartimentée qui prévaut pour traiter la tuberculose n’arrange rien.

Outre les lésions directes aux poumons, la tuberculose est également un important facteur prédictif de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), qui est désormais la troisième cause de décès au monde. Les bilans systématiques et les études internationales suggèrent que la TB peut multiplier par trois la probabilité de contracter la BPCO, un chiffre encore plus élevé dans les pays les plus fortement touchés par la maladie.

Ces maladies respiratoires dites consécutives à la tuberculose affectent une proportion importante d’anciens patients, nuisant à leur qualité de vie et faisant peser une charge financière durable et conséquente sur eux et leur famille.

Malgré cela, les maladies respiratoires consécutives à la tuberculose ne sont pas prises en compte dans nos stratégies d'élimination de la TB. Les directives internationales sur la tuberculose négligent leur importance et beaucoup trop peu d’interventions sont réalisées dans le cadre des programmes pour répondre aux besoins des patients à l’issue de leur traitement. 

Nos registres et nos mécanismes de compte-rendu ne sont pas conçus pour examiner les périodes postérieures au traitement – d’où le manque flagrant de données disponibles – et il existe peu d’études scientifiques sur les causes et les traitements potentiels.

Tout cela impacte énormément l’existence des individus. Malgré tous les défauts inhérents aux mécanismes d’action contre la tuberculose – et ils sont nombreux – ceux-ci parviennent tout de même à obtenir des résultats, à accompagner les patients durant leur traitement, à faciliter la prise en charge des effets secondaires et d’autres problèmes, et – dans les pays les plus touchés par la maladie – à fournir des services gratuits.

Malgré cela, le fardeau physique, psychologique, social et économique que représente la tuberculose à l’échelle individuelle est énorme.

Comparée aux services et systèmes existants pour détecter, diagnostiquer et soigner les personnes atteints de maladies consécutives à la tuberculose, notre action contre la tuberculose fait figure de modèle. Les maladies respiratoires consécutives à la tuberculose sont loin de bénéficier des mêmes niveaux d’investissements, d’attention et de soutien que les programmes de lutte contre la tuberculose, et souvent, les patients ayant suivi avec succès un traitement contre la TB se trouvent sans réponse face aux nouveaux problèmes de santé auxquels ils sont confrontés.

Comment leur reprocher de se sentir abandonnés par un système de santé qui prétend les avoir soignés ?

Nous devons investir dans des systèmes de santé universels et globaux qui soignent la personne, et non la maladie, et qui soient suffisamment robustes pour mener à bien chaque étape du processus, en veillant à ce que chacun reçoive les informations et les soins dont il a besoin.

La mise en place de la couverture santé universelle jouera un rôle essentiel à cet égard. C'est le seul moyen de veiller à ce que les problèmes de santé qui sont communément associés à la tuberculose soient traités dans le cadre d'un ensemble de soins de base, disponibles et accessibles à tous. Cela est essentiel afin de répondre à nos préoccupations de santé publique les plus urgentes et d’assurer un diagnostic précoce visant à réduire les effets durables.

Mais je propose d’aller encore plus loin. La tuberculose est évitable, tout comme les autres maladies et les difficultés financières qui peuvent en résulter.

Il est urgent d’investir dans la prévention si nous voulons éradiquer l'épidémie de tuberculose et mettre un terme aux décès et aux souffrances inutiles et impardonnables causés par celle-ci. En fournissant un traitement préventif systématique à tous les individus en contact avec une personne atteinte de tuberculose - en particulier les groupes à haut risque comme les enfants, les personnes vivant avec le VIH ou le diabète, les fumeurs et d'autres populations vulnérables - nous pouvons non seulement ralentir le nombre de nouvelles infections annuelles, mais aussi réduire considérablement le nombre de personnes souffrant de maladies respiratoires chroniques consécutives à la tuberculose.

Alors qu’approche la réunion de haut niveau des Nations Unies sur la couverture santé universelle, qui se tiendra en septembre dans le cadre de l'Assemblée générale des Nations Unies, j'espère que des solutions plus robustes et plus collaboratives seront proposées pour prévenir, traiter de manière globale et soigner - complètement – la maladie.